Interview

Prof. Dawn Bennett, de Curtin University : «Nous repensons l’employabilité»

Prof. Dawn Bennett

La prof. Dawn Bennett, de l’université de Curtin, est à Maurice pour présenter l’outil d’évaluation en ligne (www.developingemployability.edu.au) de l’employabilité des diplômés. Cet outil est ouvert à tous les étudiants au niveau global.

L’experte estime que les diplômés d’aujourd’hui ne sont pas moins employables qu’auparavant. C’est la nature du travail qui a changé et il faut donc revoir notre façon de les évaluer.

Vous venez présenter un nouvel outil que vous avez développé pour évaluer l’employabilité des diplômés. Dites-nous en plus.
Nous repensons l’idée d’employabilité. Il ne s’agit plus simplement d’un ensemble de compétences, mais de la capacité à s’adapter à des contextes qui changent. Tout comme à Maurice, dans le monde entier, il n’y a aucune garantie qu’un diplômé obtienne un emploi. En fait, ils peuvent avoir plusieurs emplois à temps partiel.

Qu’est-ce que cet outil vous a permis d’apprendre à ce jour ?
Que les étudiants ont besoin d’aide pour comprendre en quoi ce que nous leur enseignons est pertinent. Si nous voulons leur donner un devoir ou une évaluation, ils doivent pouvoir comprendre en quoi cela leur sera utile à l’avenir. Si nous leur donnons un devoir de groupe, nous devons expliquer que nous le faisons parce que dans la vraie vie, nous devons travailler en équipe.

Si vous avez beaucoup de personnes avec des compétences de haut niveau, elles vont créer de nouvelles industries (...)»

Vous avez mentionné la capacité de s’adapter. Quels sont les autres aspects importants pour l’employabilité d’un diplômé ?
Apprendre comment apprendre est aussi important. On peut être adaptable, mais si on ne sait pas comment apprendre ce qu’on doit apprendre pour s’adapter, on est coincé. Il faut être conscient de soi-même, de la société, de l’industrie pour prendre des décisions informées.

Cela veut dire quoi, apprendre comment apprendre ?
Si je suis un diplômé, je peux réaliser que j’ai à créer du travail pour moi-même ; chose que font beaucoup de diplômés. Comment savoir où se trouve ma niche ? Comment savoir lequel de mes talents sera utile à l’industrie ? Peut-être en lisant la presse de l’industrie… Une fois qu’on l’a identifié, il faut savoir où apprendre.

Le gouvernement mauricien a créé des centres polytechniques vers lesquels il essaie de diriger un maximum d’élèves. L’idée est d’avoir moins de diplômés de la filière académique chômeurs. Votre avis ?
Nous avons tous différentes façons d’apprendre et différentes aspirations. C’est bien d’avoir un système avec diverses options. Certains apprennent bien dans la pratique, d’autres de manière visuelle, d’autres encore dans l’enseignement supérieur.

Les diplômés chômeurs sont un problème persistant depuis pas mal d’années. Pourtant, les universités disent toutes qu’elles consultent l’industrie pour leurs cours. Il est où le problème ?
En général, on mesure le succès des diplômés par l’obtention d’un emploi à plein temps après un certain nombre de mois. Ce n’est pas du tout la réalité du marché du travail. Les diplômés prennent plusieurs emplois et cela leur prend plus de temps pour trouver un emploi à plein temps. En Australie, quand on a examiné les données de plus près, on a réalisé que les diplômés sont aussi employables que dans le passé ; ils travaillent simplement de différentes manières.

C’est donc la nature du travail qui a changé ?
Oui, à la fois dans la façon dont le travail est accompli et la façon dont les gens sont employés et rémunérés. Dans plusieurs disciplines, un diplômé est aussi susceptible de travailler directement avec un client qu’avec un employeur. Je peux aussi travailler à temps partiel pour un employeur et en freelance le reste du temps.

Vous avez des suggestions sur les outils qu’on pourrait utiliser pour évaluer le succès des diplômés ?
Au Royaume-uni, ils ont pu lier les identifiants des étudiants à leurs comptes d’impôts. On peut alors dire comment se portent les gens à travers la taxe qu’ils payent. Une autre possibilité, c’est de moderniser les outils utilisés. On ne leur demande pas s’ils sont employés uniquement après quatre mois. Toujours au Royaume-uni, on le fait après 15 mois. Il faut aussi poser de meilleures questions. Plutôt que du simple « quel job occupiez-vous la semaine dernière ? », demandez ce qu’on fait pour gagner son pain.

Le gouvernement a récemment pris la décision de rendre gratuites toutes les universités publiques. Cela aura-t-il un impact sur l’employabilité ?
Pas nécessairement. Si vous avez beaucoup de personnes avec des compétences de haut niveau, elles vont créer de nouvelles industries, de nouveaux business et elles pourraient aller le faire par-delà le territoire mauricien. Elles songeraient aux business qui n’existent pas encore, les besoins de la communauté qu’elles pourraient remplir. Cela changerait donc la nature de l’économie. Ce n’est pas comme si l’industrie ferait du surplace alors que le nombre de diplômés augmente.