Interview

Azim Currimjee, vice-président de l’EDB : «Nous libéraliserons les permis de travail pour les étrangers»

Azim Currimjee

Le no 2 de l’Economic Development Board (EDB) précise certains points du Budget, notamment ceux ayant trait au passeport et à la nationalité mauricienne aux étrangers. Azim Currimjee rappelle que l’exercice d’ouverture concerne aussi les expatriés avec une libéralisation des procédures pour l’obtention du permis de travail.

La mesure concernant les passeports est l’une des plus commentées de ce Budget. Quels critères et quels mécanismes de contrôle seront appliqués par l’EDB ?
Il est clair pour nous que cela sera une mesure importante. Nous rechercherons surtout des personnes complémentaires pour l’économie. Nous avons déjà les Global KYC Obligations et les normes de l’OCDE. Nous utiliserons les best practices : le Country Residence Planning est un concept qui est à maturité dans le monde. Aujourd’hui, on parle de Know Your Immigrant. Nous sommes là pour accorder des passeports aux investisseurs, pas à des terroristes et escrocs.

Pourquoi un High Net Worth Individual voudrait-il avoir un passeport mauricien ?
Nous sommes à la recherche d’investisseurs en Afrique. Ils ont besoin d’un pays propre, beau, où il n’y a pas de pollution et à la résidence fiscale légère… Ces gens veulent trouver une résidence où s’épanouir et surveiller leurs investissements. Ils créeront de la valeur à Maurice. S’ils sont ancrés chez nous, ils seront plus committed et leur richesse suivra. Ils s’installeront avec leurs bureaux, leurs associés…

Les divers opérateurs réclamaient d’ouvrir l’économie aux compétences qui manquent chez nous. Or, cette mesure vise plutôt les investisseurs que les professionnels. Pourquoi ?
Il existe déjà des mesures pour les professionnels. On vise plutôt les investisseurs qui complémenteront les professionnels existants et feront venir d’autres. Nous proposons deux options : la citoyenneté pure et le passeport sans la nationalité. Cela vise les gens issus de pays qui n’autorisent pas la double nationalité, comme l’Inde. Les investisseurs indiens pourront venir plus facilement à Maurice pour entrer en Afrique plus facilement. Le passeport mauricien est un document qui leur ouvrira les portes de l’Afrique. On n’a pas besoin de visa pour les pays membres du Comesa et de la SADC.

Le Premier ministre a annoncé la création d’un Foreign Manpower Scheme sous le contrôle de l’EDB. Outre de délivrer des Occupation Permits en cinq jours, en quoi ce plan attirera-t-il plus d’étrangers ?
La vision du Premier ministre est claire : il procède par étape. L’an dernier, il a créé l’EDB et a donné à l’institution le temps de s’installer. Nous sommes un one-stop shop’ pour le Ease of doing business. Cette mesure facilitera davantage les procédures. Contre paiement d’un mois de salaire, on pourra obtenir un permis de travail rapidement. On libéralise ainsi le permis de travail. Cet argent sera investi dans la formation des Mauriciens. Il existe une liste de secteurs pour lesquels les limitations sur les quotas seront réduites. L’important, c’était d’ouvrir cette possibilité.

Il faut créer la relation entre gouvernements pour travailler ensemble»

Beaucoup de questions sont posées sur l’intelligence artificielle. Comment s’assurer que le Mauritius Artificial Intelligence Council ne sera pas une institution de plus et qu’elle lance effectivement cette industrie ?
On ne peut se lancer sans l’apport d’experts. Ce conseil apportera l’expertise et impliquera les secteurs publics et privés. Il importe d’établir une ligne directrice. Si on laisse faire seulement le marché, on passera à côté de l’objectif.

Le Budget évoque pour la énième fois les Special Economic Zones et le Mauritius Africa Fund. On a pourtant du mal à en voir les bénéfices et certains critiquent l’opacité de ce fonds.

Il s’agit d’un projet de longue haleine. On ne peut créer des zones économiques en Afrique du jour au lendemain. Il faut créer la relation entre gouvernements pour travailler ensemble. Cela commence à prendre forme. Le gouvernement a annoncé des ‘incentives’ pour encourager les Mauriciens à investir en Afrique. Les investisseurs internationaux créeront la masse critique et les Mauriciens en profiteront. Les gros investissements dans le port faciliteront les connexions africaines. Nous sommes l’unique port en eau profonde de l’océan Indien et nous pouvons recevoir de gros conteneurs. Les étrangers pourront livrer leurs conteneurs à Maurice et de plus petits bateaux venant d’Afrique les récupéreront.

La principale mesure pour s’attaquer au déficit commercial est la création de 100 fermes à travers le pays. Quels produits visera le gouvernement et quels marchés potentiels ?
Après le carburant, l’une des factures d’importation les plus importantes du pays est l’alimentation. Plus nous pourrons produire localement, mieux c’est. Une des meilleures façons consiste à encourager la culture de légumes frais et de fruits. Ces fermes seront régies sous les Best Sustainable Practises. Il y aura une politique de convergence vers une agriculture utilisant moins de pesticides. Ce branding aidera dans l’exportation de ces fruits. Je suis sûr qu’on trouvera de bons créneaux. On veut surtout utiliser les terres. Une fois que ce sera fait, nous analyserons les produits appropriés pour donner le coup de pouce nécessaire. Il faudra un certain quota de produits à l’exportation, je reste confiant qu’on n’aura pas de problèmes à approvisionner le marché local.

Pour l’emploi des jeunes chômeurs, outre le Work@Home, le Premier ministre annonce la création de plans analogues au YEP. Cela ne contribue-t-il pas plutôt à la précarité de l’emploi des jeunes ?
Je pense que le programme veut impliquer les jeunes possédant un A-Level ou plus. L’une des grosses mesures, c’est la création d’incentives pour donner aux PME la possibilité d’employer des jeunes et les encourager à devenir entrepreneurs. C’est une double win-win situation. D’un côté, les Petites et moyennes entreprises ont besoin de trouver des jeunes qualifiés, de l’autre, les jeunes côtoient des personnes qui pourront leur inculquer cette culture d’entrepreneuriat.

La dette publique a franchi la barre des Rs 300 milliards. Même si le PIB continue de croître, ne devrait-on pas s’en inquiéter ?
C’est assez simple : il est difficile de ne regarder que le chiffre dans l’absolu. C’est en fonction de l’économie. Il faut regarder le ratio au PIB qui est en baisse. Le chiffre lui-même n’est pas important. Le KPI, c’est le ratio à la dette. On peut avoir 50 milliards de dettes et être en faillite et en avoir mille milliards et être très confortable.

Le Premier ministre a aussi révisé à la baisse le prix du carburant. N’est-ce pas contradictoire de décider d’une hausse pour 'backpedal' quelques semaines plus tard ?
Il y a deux choses à mon avis. D’abord, la logique du ministre de l’Industrie et du Commerce qui doit respecter les normes commerciales. C’est une logique très claire. Par contre, le Premier ministre, dans son travail de budget, a le Big Picture. D’un côté, le Commerce respecte le marché, de l’autre, avec sa vision globale, le ministre des Finances entrevoit la possibilité de rééquilibrer les choses. Il peut redistribuer les ressources pour compenser la situation. Ce n’est pas du backpedaling.