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Décryptage - Covid-19 : le remède risque d’être pire que le mal

Maintenant que cette sacro-sainte liberté a été retrouvée, même si elle n’est pas totale, il ne faut surtout pas se déresponsabiliser en ne prenant plus les précautions de base

Samedi 30 mai 2020. Minuit. Le déverrouillage du confinement a été accueilli au son des pétarades et avec des défilés de moto dans certaines régions de l’île. Lasse de la pesanteur de ces restrictions, la population avait hâte de se sentir libre comme l’air.
 
L’ensemble de la population attendait avec impatience ce moment de liberté retrouvée. Pour certains, il s’agissait de pouvoir rendre visite à leurs proches et amis, et pour d’autres, (re)donner libre cours à leurs activités préférées qui ont été décloîtrées par les autorités. Avec une réévaluation de la situation à la mi-juin, le gouvernement décidera s’il faudra « desserrer les restrictions » autour des activités de masse pour ouvrir grande la vanne des loisirs et de détente.

Cette liberté pour les autres, c’est aussi un moyen de subvenir aux besoins de la famille. Il n’y a rien de plus affligeant et stressant pour un chef de famille de se retrouver sans le sou, sans aucune rentrée d’argent. Tout comme il est déprimant pour une épouse qui se torture les méninges pour remplir les assiettes, en regardant avec impuissance les maigres épargnes fondre comme neige au soleil. Quid de la tourmente des enfants, surtout de parents qui travaillent à leur propre compte, qui craignent pour leur subsistance.

Comme disait André Mathieu dans « Complot », le mot liberté ne peut pas être chanté sur la même note par tout le monde. Qu’importe, il est toutefois mieux que d’être comme un oiseau dans une volière.

Maintenant que cette sacro-sainte liberté a été retrouvée, même si elle n’est pas totale, il ne faut surtout pas se déresponsabiliser en ne prenant plus les précautions de base. Le port du masque et la distance sociale, entre autres, restent des impératifs de ce déconfinement. Il ne faut surtout pas croire que le mal est derrière nous. Il ne faut pas se laisser croire aussi que le comité national sur le coronavirus (NCC) a joué la carte de la peur pour faire trembler la population en avançant « faussement » qu’il y avait le risque que la Covid-19 pouvait causer un mort dans chaque famille mauricienne. 

Samedi soir, avant même que le WAP (Work Access Permit) ne soit enterré, des centaines de personnes avaient déjà bravé l’interdiction de déplacement pour se ruer vers un centre commercial pour profiter des aubaines des petites heures du dimanche 31 mai. Il ne faut pas se voiler la face : il y a bel et bien une certitude dans ces moments d’incertitudes. Celle de voir, en cas d’une deuxième vague de contaminations, ce WAP ressurgir, avec dans son sillage ces restrictions tant honnies. Une mauvaise surprise pour pas mal de pays. On n’a eu de cesse de le dire : la Covid-19 est toujours là, prête à sévir au moindre relâchement. Du coup, on doit impérativement garder toujours le pied sur le frein. Tout relâchement sera synonyme de deuxième vague de contamination. 

Déjà, en deux mois, la Covid-19 a fait des ravages, avec des conséquences insondables. Nous vivons désormais dans un monde de mégarisques. D’un long cortège de faillites et de licenciements à une envolée vertigineuse des inégalités, en passant par une explosion de la pauvreté, une crise aigüe de la dette à tous les niveaux et une forte pression sur l’État-providence, pour ne citer que cela, le monde se prépare au pire. 

Ce prisme négatif laisse penser que le ministre des Finances, Renganaden Padayachy marche sur la corde raide dans la préparation du Budget 2020-21 qu’il présentera le jeudi 4 juin. Pour son baptême du feu, le Grand argentier sera à califourchon, avec, d’un côté, l’impératif de stimuler l’économie pour endiguer la crise sociale qui s’ensuivra et, de l’autre, l’exigence de dorer la pilule au maximum pour éviter que le gouvernement ne tombe en disgrâce. Cela même si les élections générales sont prévues dans plus de quatre ans.

Pour faire court, le remède risque d’être pire que le mal. La cure devrait s’étaler sur au moins deux ans avec sa cohorte d’effets secondaires indésirables, mais inévitables.

 

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