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Drame sur fond d’héritage : l’Indienne Khusboo Rojah assassinée alors qu’elle voulait refaire sa vie

Khusboo Rojah Khusboo Rojah a connu un destin tragique à Maurice.

Khusboo Badruddin Satar Rojah, 41 ans et d’origine indienne, était venue à Maurice par amour pour Rehad Rojah. Après quelques années de bonheur, elle a dû faire face à de dures épreuves, avant de connaître une fin tragique. Son époux est décédé, terrassé par la maladie et son beau-frère Arzaad, 52 ans, a commencé à la harceler concernant le partage des biens.

Co-gérante d’une compagnie d’emballage et de distribution à Camp- de-Masque, elle a connu une énième dispute avec son beau-frère. Celle-ci a viré au meurtre. Khusboo a été mortellement agressée et laissée sous un goyavier, le 26 juin dernier. Elle projetait de se remarier.

Originaire de Bombay, en Inde, Khusboo travaillait dans une banque, nous explique Aicha Jugroo, 61 ans, une voisine de la victime. Il y a une dizaine d’années, elle a fait la connaissance de Rehad Rojah. Ce Mauricien, habitant de Camp-de-Masque et commerçant de son état, se rendait souvent dans la Grande péninsule.

« La mère de Rehad était atteinte d’un cancer. Elle devait suivre des traitements en Inde et son fils l’accompagnait. C’est lors d’un de leurs voyages qu’il a rencontré Khusboo », poursuit la voisine. Très vite, le couple a sympathisé. « Rehad avait déjà des problèmes familiaux à l’époque. Il a préféré contracter le nikah en Inde avec Khusboo. Celle-ci a tout quitté pour suivre son époux », ajoute la voisine. Rehad a perdu sa mère quelque temps après.

Adaptation difficile

David Sham
David Sham projetait de se marier avec Kushboo et l’avait invitée à s’installer chez lui.

Khusboo a mis du temps à s’adapter à sa nouvelle vie à Maurice. « Elle ne s’exprimait qu’en ourdou et en anglais », nous dit Aicha Jugroo. Puis, elle a commencé à donner un coup de main dans le business familial. Avec l’aide d’un associé, son époux Vinod, gérait la Sunman Mauritius Ltd, compagnie spécialisée dans l’emballage de grain sec et de vinaigre, ainsi que leur distribution. Leur maison et la compagnie sont situées dans la même cour.

« Ils travaillaient beaucoup », poursuit la vieille dame. La voisine a, elle aussi, commencé à travailler pour le couple. « Malgré la barrière de la langue, la ressortissante indienne parvenait à se faire comprendre. Khusboo était une personne tellement gentille », nous dit Aicha. Le couple n’avait pas d’enfant. « Quand elle était à la maison, Khusboo s’occupait de ses deux chiens, Tina et Jackie, et de deux chats. Elle aimait bien ces bêtes », se souvient-elle.
Le couple voulait  agrandir leur commerce, mais cela n’était guère facile. « Ils se sont endettés. Leur famille possédait un bâtiment qui a été saisi, puis revendu à la barre », nous explique un ami du couple, habitant la localité. Et les ennuis ont débuté. Arzaad Rojah, le frère de Rehad, qui réside à seulement quelques mètres de leur maison, venait souvent les voir pour leur réclamer sa part d’héritage.

« Nous avons grandi dans cette maison, qui appartient à nos parents. Nous avons eu des différends familiaux et mon frère Arzaad voulait sa part de l’héritage », explique Nawshad, leur frère. Sujet qui donnait lieu à de vifs échanges entre Arzaad et le couple. Comme si cela ne suffisait pas pour Khusboo, son époux est tombé gravement malade. « Rehad a dû suivre un traitement comprenant la dialyse », précise Nawshad.

Son épouse l’a soutenu durant cette dure épreuve, mais Rehad a été emporté par la maladie en août dernier. Khusboo s’est alors retrouvée seule à la maison. « Elle gardait contact avec sa mère, qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps », nous explique Aicha, qui continuait à travailler avec l’Indienne.

« Elle a grandement aidé à redresser notre affaire », explique Vinod l’associé. Devenue chef d’entreprise, elle a dû faire face à des problèmes financiers. « Khusboo a vendu un de nos deux véhicules », ajoute-t-il. Les problèmes rencontrés avec son beau-frère se sont poursuivis. « Son beau-frère est venu lui réclamer l’argent obtenu de cette vente. Elle me disait qu’elle voulait vendre la part de son époux et rentrer en Inde », explique l’associé. « Nous avions peur pour elle. Je lui ai déjà dit de venir s’installer chez moi, mais elle a refusé », se souvient Aicha, la voisine.

Puis, il y a un mois, elle a fait la connaissance de David Sham. Ce dernier est un Mauricien revenu au pays après plus d’une trentaine d’années en Italie. « C’est à travers une demande en mariage que j’ai fait la connaissance de Khusboo. Elle m’a raconté les épreuves qu’elle traversait et ses ennuis avec son beau-frère. Monn dir li vinn res kot mwa, me li pa ti oule », nous confie David. Ce dernier l’appelait tous les jours pour prendre de ses nouvelles. « Nous voulions attendre la venue de sa mère pour fixer la date de notre mariage », poursuit-il.

Une femme adorable

Pour l’Eid, Khusboo était venue chez lui à Vallée-des-Prêtes. « Elle y a passé toute la journée », se souvient-il. « Mon fils avait trouvé celle qui faisait son bonheur. C’était une femme adorable. Je l’avais surnommée Agatha, qui est une sainte connue en Italie », nous dit Mymoon, la mère de David. Mais le rêve de David s’est arrêté en un instant.

Mardi, vers 18 h 15, David a appelé sa copine sur son cellulaire. « Nous avons conversé brièvement et elle m’a promis  qu’elle reprendrait contact dans la soirée », se souvient-il. Pendant toute la soirée, il a essayé de la joindre. « Ce n’était pas dans ses habitudes. Le lendemain, j’ai alerté sa voisine », dit-il.

Aicha Jugroo est venue aux nouvelles vers 8 h 30, mais n’a vu personne dans la maison. C’est une fois dehors qu’elle a fait la découverte macabre. « Je voulais cueillir une goyave. Quand je me suis approchée de l’arbre, j’ai vu Khusboo inerte au sol. J’ai alerté le voisinage », nous dit-elle.

La Criminal Investigation Division de Flacq, les limiers de la Major Crime Investigation Team, des policiers en poste à Camp-de-Masque et des effectifs de la police scientifique se sont rendus sur place. Le beau-frère a été appréhendé. L’autopsie du cadavre a conclu que la victime avait été agressée et qu’elle avait reçu un coup, ce qui a provoqué une compression de son cou.

Arzaad Rojah est passé aux aveux. Il a expliqué qu’il s’était rendu chez sa belle-sœur et qu’une dispute avait éclaté concernant le partage des biens. « Je l’ai rouée de coups à la tête et au cou. Elle est tombée. Je l’ai emmenée sous le goyavier dans la cour », a-t-il reconnu dans sa version des faits. Il a été inculpé provisoirement de meurtre.

La mère de la victime, Myriam, a été informée de ce drame. Inconsolable, elle a fait le voyage jusqu’à Maurice afin d’assister aux funérailles de sa fille, qui ont eu lieu vendredi après-midi. Les obsèques ont eu lieu au domicile de David à Vallée-des-Prêtres. « En tant qu’étranger dans un pays, je m’imagine ce qu’elle a dû endurer. C’était une hard worker, qui a dû faire face à beaucoup d’épreuves. Je comptais la faire visiter l’Italie », lâche David, la gorge nouée.