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Marchés du pays : est-ce vraiment le bazar ?

marchés La rénovation d’une partie du marché central est annoncée dans le Budget 2018/2019.

Le Budget 2018-19 prévoit l’allocation de Rs 1,2 milliard à la National Development Unit pour des projets liés aux collectivités locales et aux Fire Services. Cette somme servira notamment à construire un market fair à Rose-Hill et à rénover les sections viande et poisson du marché central de Port-Louis. Tour d’horizon de certains bazars de l’île.

Les marchés, également appelés bazars ou lafwar, facilitent la vie des Mauriciens. Ces derniers y trouvent de tout et de surcroît à petits prix. Il y règne une atmosphère chaleureuse grâce au sourire des commerçants. Mais derrière cet air joyeux et accueillant se cache l’inquiétude. Car certains sites ne sont pas entretenus et tombent en état de décrépitude. S’il y a peut-être une lueur d’espoir pour eux avec les rénovations prévues par les mairies, ils doivent faire avec les moyens du bord, en attendant le début des travaux.

Au marché de Port-Louis, l’hygiène pose un sérieux problème. « Ce n’est pas propre. Ils ne nettoient pas vraiment. Ils devraient mieux entretenir le marché », confie Zaheera*, une vendeuse. En ce lieu lugubre commerçants et déchets entassés çà et là se côtoient.

Qui dit ordures dit rongeurs. « Ena plin lera dan bazar », confie Raven, 15 ans, qui accompagne régulièrement sa mère au marché. Lionnel, qui fréquente désormais moins le marché mais qui se souvient parfaitement de l’état dans lequel il était, estime qu’il y a eu une grosse amélioration. Il se dit satisfait de l’état des lieux.

Rajesh*, un autre commerçant, est, quant à lui, moins enthousiaste. Pour lui, c’est la pluie qui est responsable de l’état déplorable du marché et des odeurs désagréables qui embaument l’air. Pour ce qui est de l’odeur, Rajesh explique que c’et dû au fait que l’humidité se mélange à la fiente dont est recouvert le toit. Quant aux multiples déchets jonchant le sol aux alentours du marché, ils ont été, selon lui, transportés par la pluie en période d’averses.
Interrogé à propos des mesures que prennent les autorités pour faire régner la propreté au marché, l’adjoint au lord-maire, Ehsan Ismay Mamode, affirme qu’il y a des personnes qui nettoient les allées du marché chaque week-end. Il souligne qu’il y a de temps en temps des campagnes de dératisation.

Travaux prévus

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Le toit du marché de Port-Louis est recouvert de fiente qui, lorsqu’elle se mélange à l’humidité de l’air, dégage une forte odeur.

Côté infrastructure, le Budget 2018-19 prévoit des rénovations au marché. « Il y aura une rénovation au marché. Nous nous focaliserons surtout sur les sections viande et poisson », confie le lord-maire, Daniel Laurent. Il ajoute que la somme prévue pour la rénovation n’a pas encore fixée, mais il soutient qu’un gros budget y sera consacré car il s’agira d’une rénovation complète.

La situation n’est pas plus reluisant au marché de Rose-Hill. Ramchurn*, un commerçant, se plaint de l’état des lieux. « Ziska ler pa finn ena renovasyon dan bazar. Kote propte, swa dizan sak semenn ponpie pou vinn lav bazar an gran, me se bann ki travay pou minisipalite ki vinn lave ar bros ek lans. Be zame li pa pou prop », confie-t-il d’emblée.

Il avance qu’ils sont aussi confrontés à des soucis à cause des travaux liés au projet Metro Express qui sont entrepris autour du marché. « Sime ferme. Pena akse pou bann kliyan. Alor zot pa kone ki ena parking par deryer », précise-t-il. Les clients sont donc nombreux à ne plus se rendre au marché de Rose-Hill.

Comme le confirme Nashreen*, commerçante dans le New Arab Town. Elle constate que les ventes ont chuté de 75 %. D’ailleurs, à l’heure où nous y circulions, il n’y avait presque personne. « La route principale est fermée. Et tout porte à croire qu’elle le sera jusqu’à septembre », déplore Nashreen.

Cette fermeture des routes pose également problème aux habitués des marchés, car ils perdent leurs repères. Pour arriver à la New Arab Town et au marché, ils doivent emprunter des petits couloirs qui n’inspirent pas confiance et que seuls quelques habitués de la ville connaissent.

Concernant l’hygiène au marché de Rose-Hill, les passants que nous avons interrogés s’accordent à dire que ce n’est pas vraiment propre. Ils parlent d’une odeur dérangeante qui flotte dans l’air. Ils disent aussi qu’il y a des rats. Suresh*, commerçant de la New Arab Town, dit que ce n’est que lorsque les marchands se plaignent de la présence de rongeurs que les autorités procédent à une dératisation.

Interrogé à ce sujet, le maire de Beau-Bassin/Rose-Hill, Ken Fong, insiste qu’il y a des services de nettoyage pour les marchés. Il confie qu’il y a des pest controls chaque mois, pour éviter le plus possible la venue des rongeurs dans les marchés. Le maire de Beau-Bassin/Rose-Hill annonce aussi qu’une rénovation est prévue. Il prévoit de tout retaper.

* Les prénoms ont été modifiés


Quand les rongeurs élisent domicile

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Le maire de Curepipe soutient que des exercices de dératisation sont souvent menés au marché.

Au marché de Curepipe, les commerçants, de même que les passants, n’ont pas de mots pour décrire l’état des lieux tellement il y a des choses à déplorer. Pour Sookharry, fleuriste au marché, il faudrait le nettoyer plus souvent, déboucher les drains et réparer tout ce qui est endommagé.
Concernant les dégâts d’infrastructure, nous sommes allés à la rencontre d’Hassen Beharry, boucher au marché, qui confie que ses collègues et lui travaillent dans des conditions exécrables. « Il faut rénover la partie réservée à la vente de viande bovine. Il n’y a pas de porte. Les carreaux sont en mauvais état. Comme nous travaillons dans un endroit où c’est l’odeur de la viande qui prime, il serait souhaitable d’avoir l’air conditionné. »

Un peu plus loin, dans la ti lafwar située à côté de la gare Jan Palach, les commerçants déplorent eux aussi les conditions dans lesquelles ils sont amenés à travailler. « L’espace est exigu. Cela devient étouffant quand il y a beaucoup de gens qui circulent », dit Ponam. La commerçante ajoute que les rats circulent à leur aise, comme s’ils avaient élu domicile au marché. Lorsque nous posons la question à Jacqueline, habituée du marché de Curepipe, elle confie qu’elle en croise régulièrement. Ce qui est problématique pour elle qui a la phobie des rats.

Interrogé à propos de l’état des marchés, le maire de Curepipe, Hans Marguerite, affirme qu’il y a des campagnes de dératisation qui sont régulièrement menées pour éliminer les rongeurs. Il conseille aux commerçants de ne pas laisser traîner de boîtes vides car c’est cela qui attire les rats. Il explique que des travaux de rénovation sont prévus au marché. Il y aura, selon lui, des chaises et des tables un peu partout de même que des points d’accès WiFi.


Une rénovation qui laisse les commerçants sur leur faim

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Du côté du marché de Quatre-Bornes, les rénovations ont été faites depuis bientôt un an. Cependant, les avis divergent sur ce changement. Pour certains, ce n’est pas assez et ils demandent encore mieux en termes d’amélioration. « La façon dont les constructions ont été faites n’est pas convenable. Les membres du public ne peuvent pas voir nos articles comme il se doit. L’endroit où nous devons travailler est restreint. Nous ne pouvons pas circuler à notre aise », confie Sita, commerçante au marché. Sweety, fidèle cliente de la foire, n’est pas du même avis. Pour elle, tout est parfait. « Renovasyon-la good. Ena plis lespas. Trouv bann lartik-la pli byen ki avan », dit-elle avec le sourire. 

Côté hygiène, les avis sont tout aussi mitigés. Pour les consommateurs, le marché est propre car, selon eux, les clients ne jettent plus leurs saletés n’importe où. Cependant pour Kaushal Cheliah, fleuriste au marché, l’hygiène du marché laisse à désirer : « Les toilettes ne sont pas propres. Il n’y a pas d’eau ni de chasse d’eau. Ils ne nettoient pas. Les gens jettent de la saleté partout toute la journée. » Il ajoute qu’ils ne sont pas en sécurité. « La dernière fois il y a eu un incendie juste à côté. La bonbonne de gaz aurait pu nous éclater au visage. »

Questionnée à propos de l’état du marché, la mairesse de Quatre-Bornes, Soolekha Jepaul-Raddhoa, indique que plusieurs moyens sont pris pour que le marché reste impeccable. « Il est lavé au moins une fois la semaine. En général, c’est le mardi ou le vendredi », avance-t-elle. Elle souligne qu’il y a des facilités de parking. Pas moins de 300 commerçants peuvent se garer vis-à-vis du marché.

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Les commerçants du marché de Rose-Hill disent qu’ils ont de moins en moins de clients.