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Personnel naviguant : disparité entre les salaires des employés d’Air Mauritius et d’Airmate

Air Mauritius

C’est de la « discrimination ». C’est en ces termes que des employés de la compagnie d’aviation nationale, Air Mauritius, qualifient la pratique de recrutement sous deux entités différentes. Pour un même poste, les recrutés d’Air Mauritius sont mieux rémunérés que ceux d'Airmate.

Le contraste est flagrant entre le personnel naviguant. Sur un même vol, il peut y avoir des stewards et des hôtesses de l’air avec deux contrats de travail différents. Celui de ceux recrutés par Air Mauritius (MK) est plus avantageux que ceux embauchés par Airmate. « C’est injuste ! Comment les autorités peuvent-elles permettre à une compagnie nationale de faire de la discrimination ? À quoi sert la lutte contre la discrimination après avoir instauré l’Equal Opportunities Act ? », s'interrogent les membres du personnel naviguant, recrutés sous Airmate.

Un steward, embauché par Air Mauritius, plaint ses collègues d’Airmate. « Pourtant, nous accomplissons les mêmes tâches et il n’y a aucun traitement de faveur. La différence est qu’ils sont moins payés par près du tiers du montant des allocations que nous percevons. Ils sont souvent en ‘stand-by’ même durant leurs jours de repos. C’est triste ! » Une hôtesse de l’air parle même de « conditions inhumaines  » auxquelles ses confrères d’Airmate sont confrontés. Elle confie : « Les membres du personnel naviguant opérant sous MK touchent un salaire convenable sans compter les allocations perçues lors de nos déplacements. Ces allocations suffisent pour nos vols en Europe (Londres, Paris ou Amsterdam) ou Hong Kong. Ces vols se présentent une fois par mois ou chaque six semaines. Bien souvent, on n’arrive pas à dépenser la totalité de nos allocations pendant les déplacements. Dans ce cas, nous économisons la somme restante pour arrondir nos fins de mois.  », indique-t-elle.

De son côté, un Senior Flight Purser, avec contrat indéfini chez MK, réclame la régularisation des conditions de travail des employés d’Airmate et l’alignement salarial de tous les membres du personnel naviguant conformément aux autres pays. « Nous sommes sous-payés comparés aux autres pays et même en Afrique. En l’espace de 20 ans, notre salaire en tant que 'cabin crew' a connu une nette baisse comparé aux autres emplois du pays.  »

Interrogée par Le Défi-Plus, la direction de MK affirme que pour atteindre ses objectifs, elle doit constamment s'adapter à un contexte opérationnel, dominé par des facteurs externes volatiles et une concurrence de plus en plus féroce. « Ceci implique des décisions opérationnelles comme la sous-traitance de certains services à Maurice comme à l’étranger. Airmate est une compagnie distincte d’Air Mauritius avec laquelle nous sous-traitons un certain nombre de services en vol et au sol et tous nos contrats sont établis selon les provisions légales », précise-t-elle. Par contre, elle n’a pas souhaité donner des précisions sur la disparité des salaires, des privilèges et des conditions d’emploi. « Nous ne sommes pas en mesure de commenter les conditions de travail des employés. C’est confidentiel », a-t-elle fait comprendre.


Jack Bizlall, négociateur syndical : « Les employés de MK ne doivent pas tirer le drap vers eux »

Le négociateur syndical des employés de MK, Jack Bizlall, propose aux employés d’attendre que la compagnie aérienne « absorbe les employés d’Airmate ». C’est à la suite de cela que ces derniers pourront poursuivre leur lutte pour une révision salariale et d’autres conditions de travail.

« Je demande aux employés de MK deux choses : de se battre pour la revalorisation de leurs allocations et de laisser la première phase de négociation passer. Je demande aux ingénieurs et au personnel naviguant (Cabin crew) de MK de ne pas tirer le drap vers eux. S’ils prennent toutes les ressources, il n’y aura rien pour le personnel d’Airmate. » Selon Jack Bizlall, seulement une dizaine d’employés, attachés au Ground staff et une autre dizaine du personnel naviguant sont employés en permanence par MK. Il souligne : « Depuis 2008, MK recrute des employés à travers la compagnie Airmate. Les employés recrutés, largement des ingénieurs, sont basés au sol et il y a également le personnel naviguant. Ces derniers sont payés relativement moins et bénéficient de conditions moins avantageuses que ceux travaillant pour MK. » Depuis cinq mois, précise-t-il, l’intersyndicale a entamé des négociations pour une révision salariale et le besoin de faire de la place pour l’intégration graduelle des employés d’Airmate.

« J’ai demandé que les employés du ‘call centre’ d’Airmate et d’autres employés de la compagnie, soient couverts par une augmentation de salaire au même niveau que les salariés de MK. Au sein d’Airmate, nous avons des groupes de travailleurs suivants : des 'cleaners' d’avions, des 'attendants' à l’aéroport,un personnel qui s’occupe des passagers à l’aéroport, un personnel administratif basé à Port-Louis, des techniciens et le personnel naviguant. Ces derniers ne sont pas syndiqués auprès de la Federation of Progressive Union (FPU). La condition sine qua non est telle qu’ils ne vont pas quitter leur syndicat », explique le négociateur.


AIR MAURITIUS

  •  Le personnel naviguant d’Air Mauritius est syndiqué sous l’Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA).
  • Son contrat est à durée déterminée (22 mois, trois ans, 10 ans, 12 ans, 45 ans, 50 ans) et indéterminée (une dizaine).
  • Le salaire de base varie de Rs 15 000 à Rs 20 000 dépendant de l'expérience.
  • Les employés touchent environ Rs 75 par heure de vol lors de leurs déplacements (lay over) et une somme de Rs 150 lors des allers-retours (back to back). En moyenne, un personnel naviguant vole entre 80 et 90 heures par mois.
  • Ils touchent, en moyenne, une somme mensuelle de Rs 25 000 à Rs 30 000, excluant les allocations (allowance) perçues lorsqu’ils sont logés à l’étranger.  
  • Ils touchent leurs allocations de nourriture en mode ‘cash-in-hand’ une fois à l’hôtel où ils sont hébergés. L’allocation, en devises étrangères, dépend du coût de la vie dans le pays d’accueil. Le montant approximatif est le suivant : Inde - 7 000 roupies indiennes pour une nuit (Rs 3 500) ; Hong Kong – environ 1 200 Hong Kong dollars (Rs 5 000) pour 12 heures ; Europe (Londres) – 190 livres sterling (Rs  8  550) pour 24 heures ; Paris 300 Euros (Rs  12  000) pour 30 heures.
  • Les membres du ‘Cabin crew’ de MK bénéficient de deux jours de congé après leur séjour à l’étranger. Ce « privilège » a été instauré après une signature d’accord entre la compagnie locale et l’AMCCA concernant les conditions de travail (longues heures de vol et pays d’accueil) du personnel naviguant.
  • Les employés obtiennent cinq billets d’avion annuellement à hauteur de 90 % de remise.
  • Ils perçoivent une ‘grooming allowance’ mensuelle de Rs 1 000 pour l’achat de produits cosmétiques.

AIR MATE :

  • Les membres du personnel naviguant d’Airmate sont non-syndiqués.
  •  Ils sont tous signataires d’un contrat de 22 mois.
  • Ils touchent de Rs 12 000 comme salaire de base couplé à une ‘all inclusive allowance’ de Rs 2 000. Soit Rs 14 000 mensuellement.
  • Les ‘Cabin crew’, employés sous Airmate, ne touchent pas d’heures de vol (‘flight duty hours’) lorsqu’ils sont en déplacement.
  • Leurs allocations, pour l’achat de nourriture lorsqu’ils sont hébergés dans des hôtels à l’étranger, sont versées sur leurs comptes bancaires en roupies mauriciennes à la fin du mois. Ils doivent cependant reconvertir l'argent en devises étrangères lorsqu’ils sont en déplacement. Leurs contrats stipulent qu’ils sont payés en euros. Le montant perçu est comme suit : Inde et Afrique du Sud- 50 euros (Rs 2 000) pour 24 heures ; Chine et Malaisie- 70 euros (Rs 2 800) pour 24 heures ; Hong Kong ; l’Europe (Paris/Londres/Amsterdam) et l’Australie- 90 euros (Rs  3  600) pour 24 heures.
  • Ils ne bénéficient pas de congé après de longues heures de vols (‘lay over’). Ils sont en ‘stand-by’ ou placés sur d’autres vols.
  • Les employés d’Airmate ne touchent pas de billets annuels avec des remises de 10 %.
  • Ils ne bénéficient pas de ‘grooming allowance’ pour l’achat de produits cosmétiques.