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Travail : combien touchent les dirigeants des PME par mois ?

salaire

Si les patrons des grandes entreprises perçoivent entre Rs 400 000 et plus d’un million de roupies par mois, qu’en est-il des salaires des dirigeants des PME. Sont-ils aussi bien lotis ? Décryptage de leur fiche de paie.

Ce que perçoivent les patrons des…

…très petites entreprises (TPE)

Moins de Rs 15 000 par mois. « Ces entrepreneurs touchent, en général, moins que ce qu’ils auraient perçu s’ils avaient un emploi », explique Sanjay Mungur, directeur exécutif d’Empretec Mauritius (Ndlr : la compagnie a travaillé sur le Masterplan de 10 ans pour le secteur des PME). À savoir qu’une TPE compte entre un et cinq employés. Ces entreprises génèrent un chiffre d’affaires de moins de Rs 2 millions. « 58 % des PME à Maurice tombent dans cette catégorie et 47 % d’entre elles brassent un chiffre d’affaires de moins de Rs 2 millions », fait ressortir Sanjay Mungur.

…petites entreprises

Pas plus de Rs 25 000 par mois. « Toutefois, les dirigeants des petites entreprises qui évoluent dans le secteur financier, le Global business ou encore les Tic sont, quant à eux, mieux lotis. Ils peuvent gagner entre Rs 30 000 et Rs 65 000 en moyenne mensuellement », indique Sanjay Mungur. Sachez que les petites entreprises emploient entre six et vingt personnes. À savoir que 32 % des PME qui sont dans cette catégorie brassent un chiffre d’affaires d'entre Rs 2 millions et Rs 10 millions.

….moyennes entreprises

Entre Rs 50 000 et Rs 125 000 par mois, dépendant de la taille de l’entreprise et du secteur où elle évolue. Les  entrepreneurs opérant dans le secteur financier, le Global business et les Tic touchent, toutefois, plus. Notons qu’une moyenne entreprise emploie entre 21 et 50 personnes même si elle peut accueillir jusqu’à une centaine d’employés. Uniquement 15 % des PME qui sont dans cette catégorie génèrent un chiffre d’affaires entre Rs 10 millions et Rs 50 millions.


Questions à…Sanjay Mungur (directeur exécutif d’Empretec Mauritius) : «Certains patrons des PME seraient mieux rémunérés s’ils étaient des employés»

Sanjay Mungur affirme qu'un certain nombre de patrons des PME sont mal payés. Voici ses explications.

Est-ce que les dirigeants des PME sont bien payés à Maurice ?
Non ! Dans la plupart des cas, les patrons des PME sont mal payés. D’ailleurs, certains auraient été mieux rémunérés s’ils étaient employés dans le privé ou le secteur public. Certains chiffres sont  révélateurs. Il n’y a que 15 % des PME à Maurice qui brassent un chiffre d’affaires entre Rs 10 millions et Rs 50 millions. 85 % des PME génèrent un chiffre d’affaires de moins de Rs 10 millions. Autre donnée : 61 % des PME brassent un chiffre d’affaires de moins de Rs 2 millions. Ainsi, si le dirigeant d’une PME emploie 20 personnes, il ne lui restera que très peu de marge de manœuvre pour qu’il/elle se permette d’être bien rémunéré(e).

Comment expliquez-vous cet état des choses ?
Il y a une série de facteurs qui peut expliquer ce fait. Cela peut être attribué au contexte économique, à la compétitivité du secteur ou encore à l’état de santé du secteur d’activités dans lequel évolue la PME. N’oublions pas aussi que le marché mauricien avec ses 1,3 million d’habitants est petit.

Dans quelle mesure sont-ils moins  bien lotis que les patrons des grandes entreprises et autres conglomérats ?
Ils ne bénéficient pas des mêmes avantages que les cadres supérieurs des grosses entreprises. Le dirigeant d’une PME doit continuellement injecter de l’argent dans l’entreprise pour que l’affaire continue à tourner. S’il ne le fait pas et se dote d’un salaire bien garni, il peut mettre l’entreprise en difficulté. D’ailleurs, dans le commerce (magasin, boutique du coin), les entrepreneurs opèrent juste pour « keep the business going », comme on dit. Il y a aussi les coûts opérationnels qui entrent en jeu. S’il est vrai que le pays est classé 25e dans le classement sur la facilitation des affaires de la Banque mondiale, le coût direct et indirect pour évoluer à Maurice est beaucoup plus élevé dans la pratique.

Khemil Gobin (directeur d’Edge Consulting) : «Les dirigeants des PME ont beaucoup plus de responsabilités»

« La plupart des dirigeants des PME possèdent eux-mêmes la société. De par la taille de leur entreprise, ils ne peuvent se permettre d'avoir la même grille salariale que les grandes entreprises. Leurs salaires sont donc plus réduits », explique Khemil Gobin. Pourtant, affirme le directeur d’Edge Consulting, les patrons des PME ont les mêmes responsabilités que les CEO des grosses boîtes, si ce n’est plus. « Tout repose sur le dirigeant de la PME. Il n’a pas de manager et encore moins de départements dédiés pour l’aider dans ses responsabilités. Il fait tout lui-même », fait-il ressortir. Khemil Gobin précise, toutefois, qu’il y a des exceptions. « Certaines PME sont des véritables success-stories. Naturellement, le salaire que perçoivent leurs dirigeants est nettement supérieur. Idem pour les PME qui s’agrandissent », fait-il ressortir.

Amar Deerpalsing (président de la Fédération des PME) : «Une moyenne de Rs 20 000 à Rs 60 000 par mois»

La fiche de paie d’un patron de PME varie fortement selon la taille de l’entreprise et le secteur d’activité, affirme Amar Deerpaling, le président de la Fédération des PME. À titre d’exemple, indique-t-il, un marchand de gâteaux piment percevra le même salaire qu’un employé. Par contre, ajoute-t-il, le patron d’un cabinet d’architecte, d’un restaurant ou d’une compagnie informatique touchera beaucoup plus, possiblement dans les Rs 100 000, surtout s’il s’est bâti une solide réputation. « Ceux qui sont dans les services touchent un salaire plus conséquent que ceux qui sont dans la production ou dans le secteur agricole. En général, le salaire moyen d’un dirigeant de PME varie entre Rs 20 000 et Rs 60 000 par mois », fait ressortir Amar Deerpalsing. Pour le président de la Fédération des PME, il ne faut pas oublier qu’être son propre patron comporte plusieurs avantages. « Le rendement- risque motive les gens à devenir entrepreneur. Sinon, cela n’aurait pas valu la peine », avance-t-il, tout en étant conscient que les patrons des grandes entreprises sont beaucoup mieux lotis que les PME. « Ce n’est pas comparable », conclut-il.