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Violence à l’école : la brimade et la violence rongent certains collèges

Violence à l’école La brimade devient fréquente et les autorités ne peuvent rien.

La brimade est devenue monnaie courante dans bon nombre de nos institutions scolaires. Mais force est de constater que, malgré l’ampleur du problème, les élèves ne bénéficient pas d’un encadrement psychologique adéquat pour gérer leur agressivité ou la souffrance qu’ils expriment à travers la violence.

«To kone ki mo kapav fer twa la…? » Cette phrase émanant d’une énième vidéo en circulation  mettant aux prises des élèves interpelle. Il ne s’agit pas d’une dispute sur une des gares routières, mais d’une scène qui s’est déroulée pendant de longues minutes dans une salle de classe d’une institution secondaire des basses Plaines-Wilhems. Ici, c’est un groupe de filles s’en prenant à une autre sans défense. Cela sans que le vacarme ait interpellé les enseignants ou la direction de l’établissement. Selon nos renseignements, la direction s’est contentée, après coup, de convoquer les parents des protagonistes, mais aucune sanction n’a été prise contre elles. 

Ce genre de dérapage serait légion, à en croire les enseignants et les parents que nous avons interrogés. Et leur témoignage donne une indication du désarroi dans lequel ils se retrouvent parfois et à quel point ils sont désarmés. Caroline, une enseignante qui compte de longues années d’expérience, avoue qu’elle craint désormais pour sa sécurité quand elle va travailler. « Lors d’une réunion, un parent s’est permis de menacer une collègue qui avait réprimandé son enfant », dit-elle. Élèves et enseignants ne sont plus en sécurité, car certains parents n’hésitent pas à débarquer au collège s’ils ont des comptes à régler, ajoute notre interlocutrice. Et ce n’est pas un malheureux préposé à l’entrée de l’établissement qui pourra les en empêcher.

Parmi les problèmes dont souffrent les élèves et qui ont sans doute contribué à cette situation de brimade et de violence c’est le manque d’encadrement psychologique. « Nous manquons de personnel. Cela englobe des professionnels en psychologie et personnel de soutien », explique Naden, responsable de la discipline dans un collège pour garçons. Selon lui, chacun fait ce qu’il peut pour contenir et gérer toutes les formes de violence qui peuvent survenir. « Mais nous sommes souvent désarmés quand la moindre petite étincelle se transforme en brasier », ajoute-t-il. Heureusement pour l’institution, c’est surtout le mobilier qui en fait les frais. Mais ce qui interpelle, c’est que l’administration du collège doit gérer différentes formes de violence tous les jours et rencontrer les parents des protagonistes afin que les choses ne s’enveniment pas.

Un psy une fois par trimestre

Caroline abonde dans le même sens, sauf que dans un des cas, la police a dû être sollicitée, car la responsable de l’établissement avait reçu des menaces physiques d’un parent d’élève. Parmi les mesures qui sont prises, il y a le renvoi d’un ou des élèves pour quelques jours, mais cela est loin d’être la solution. L’encadrement psychologique proposé n’est pas suffisant non plus. « Nous avons la visite d’un psychologue deux fois la semaine pour un collège de 800 élèves », fait ressortir Caroline. Ce qui n’est qu’une mince consolation, selon elle. Mais ce qui est déjà beaucoup à en croire Bachirah. «Nous n’avons la visite d’un psychologue qu’une fois par trimestre », déplore-t-elle. Mais il y a des comités disciplinaires qui sont instaurés et un élève peut être renvoyé pour quelques jours. 

Un sentiment que partage Sharmila. Elle raconte qu’à la suite de la violence que son fils, en Grade 7, a subie d’un autre élève de son âge, l’agresseur a été renvoyé de l’établissement. Pour elle, le transfert d’une institution à une autre n’est pas une véritable solution, car en ce faisant on transfère le problème d’un collège à un autre. Raffick est, lui, révolté d’avoir eu à retirer ses deux fils du collège où pourtant ils travaillaient bien. Mais en raison des cas répétés de brimades, il a choisi la sécurité de ses enfants, avant tout. 

Profondes souffrances

Selon Marjorie, enseignante, les brimades et la violence cachent souvent de profondes souffrances. Parmi les causes, il y a des plaisanteries mal interprétées, un élève qui est différent des autres et sur lequel on s’acharne et la jalousie, entre autres. Elle propose ainsi un « ecological assessment » afin de mieux cerner chaque cas. Mais elle admet que c’est difficile avec la visite d’un psychologue une fois la semaine pour une population de près de 1 000 élèves. « C’est utopique de croire que le psychologue pourra changer les choses. L’idéal serait d’avoir des intervenants à différents niveaux », dit-elle. Elle ajoute que les enseignants devraient aussi se réinventer et s’adapter aux jeunes d’aujourd’hui en ayant une approche psychologique. « On ne pourra jamais arrêter les brimades, mais il est possible de désamorcer la bombe à travers l’écoute et un encadrement adéquat », dit-elle. Elle ajoute qu’il faut aussi l’appui des parents et des Educational Social Workers. 

Si certaines institutions pratiquent la politique de l’autruche ou ont choisi la médiation, pour d’autres, c’est la politique de zéro tolérance qui est appliquée. Pour Estelle, c’est la fermeté qui peut tuer dans l’œuf toute envie de brimade ou de violence. Mais elle avoue que ce phénomène semble être devenu une mode. « La direction a décidé de prendre le taureau par les cornes pour ne rien laisser passer. » Comme forme de sanction appliquée dans le collège, les retenues ou des rencontres avec les parents. Dans certains cas, la direction demande aux parents concernés de référer le cas à la police. L’établissement a aussi un psychologue et des conseillers pour être à l’écoute des élèves qui peuvent également choisir n’importe quel membre du personnel pour se confier. Estelle précise que le collège prend les dispositions nécessaires pour éviter les brimades et la violence dans l’enceinte de l’établissement.

La discipline n’est pas une imposition de sanction

La violence est devenue un problème de société qui touche les adultes aussi bien que les enfants. Les cas d’intimidation et d’agression sont aujourd’hui un problème national dans tous les collèges. C’est ce que nous explique le Service de l’éducation catholique (Sedec). Selon le responsable de communication, il existe une procédure définie pour gérer les problèmes.  Pour tous les cas d’indiscipline, les collèges font référence à la ‘Students’ Behaviour Policy’ du ministère de l’Éducation. Le responsable de communication ajoute que la politique de discipline de la Sedec ne vise pas à expulser l’élève. C’est un exercice qui se fait collaborativement à travers les ‘Seniors Teachers’, les ‘Head Masters’ et ‘Heads of Department’ avec la collaboration du recteur. Les cas les plus délicats sont référés à la CDU, Brigade pour la Protection des Mineurs et la force policière. La plupart des cas sont réglés au niveau du dialogue entre parents, les élèves et le personnel, souligne le Sedec. Les sanctions dépendent sur l’intensité des cas sous forme d’un renvoi ou d’une suspension. « La discipline ne devrait pas être comprise comme une imposition de sanctions violentes, de règles et de comportements, mais plutôt un moyen de développer les enfants de manière saine et constructive ; une façon de leur apprendre à être autonomes et responsables sans nuire à leur épanouissement ».